Déblatérations

#2018is la jungle

2018 va être une énorme année et une année énorme pour moi. Mais avant de se noyer dans de l’égocentrisme exacerbé, laissez-moi commencer par vous souhaiter, vous les rares et accidentels lecteurs que vous êtes, une excellente année 2018. Ondes positives et autres magies cosmiques sur vous et vos proches ainsi que sur les personnes que vous appréciez, mais également sur vos ennemis, la faune et la flore, le ciment et le barbecue.

#2017was une année à la fois capricieuse et hermétique mais remplie des étincelles qui font le feu de 2018.

Une année toute entière, c’est très long et il se passe énormément de choses. On vit dans un monde où si on ne réagit pas à la seconde, le train est déjà à des années lumière et bonne chance pour le rattraper, ou en choper un autre. C’est la jungle. L’information arrive littéralement en live, nos visages sont absorbés par des écrans à taille variable toute la journée, des mecs font des livraisons par drone, les voitures se conduisent seules et des robots-médecins peuvent pratiquer des soins. C’est l’an 2000.

On se retrouve parfois dans des situations folles et la jungle urbaine est, quand on y réfléchit deux minutes, très agressive. On marche vite, sans changer de cap, on ne se regarde pas, il y a du bruit, du mouvement permanent, de l’agitation constante. La très haute tension est palpable à tout moment et on ne s’arrête pas. Les nocturnes comme moi comprennent ce qu’est le calme, l’immobilité, cette sorte de filet qui redescend une fois la nuit tombée laissant place à une ambiance plus éthérée, douce, rassurante. Mais la jungle, même la nuit, est source de tourment puisque l’animal nocturne commence sa ronde, et il peut être plus perfide que celui que l’on voit arriver en plein jour.

C’est dans cette ambiance amphibie que s’est déroulée mon année 2017 qui a commencé par un énième déménagement, un énième changement de vie. Le Bernard L’hermite a la chance de laisser sa coquille derrière lui, nous devons emmener notre bagage à chaque fois que l’on change de vie.

Le chant de la sirène de la jungle Voyage Privé

L’envie d’évasion, de retrouver mon soleil du sud-est et la petite ville coquette, distinguée et ensorceleuse qu’est Aix-en-Provence a eu ma peau. C’est comme la boucle qui finit par se boucler. Moi qui n’avait jamais vécu en France avant mes études, j’avais atterri ici en 2008 et me revoilà 10 ans plus tard. Je suis né en Voyage et me voilà dans une usine à fabriquer du Voyage. C’est cocasse. J’ai appris et continue d’apprendre des quintaux de choses. C’est impressionnant. On a la sensation que quelqu’un qui travaille dans un bureau 8 heures par jour s’affaisse et se ramollit comme un soufflé raté.

Bien au contraire, on apprend beaucoup. Je passe la tirade sur l’enrichissement professionnel et le doctorat sur de nouvelles techniques de travail… voir évoluer l’Homme dans cet écosystème mérite une étude scientifique. Les codes, les sigles, les interactions, le bruit et l’odeur. C’est fascinant. J’ai toujours travaillé dans de petites structures où l’on ne pouvait pas se cacher grand chose (on entendait la chasse d’eau…) et se retrouver là dedans, c’est magique. C’est vraiment la jungle.

Voyage Privé a son caractère bien à elle et son empreinte ne laisse pas indifférent. Les animaux de cette jungle sont divers et variés. Du crapaud qui se fait gros à la vraie panthère silencieuse mais meurtrière, on y voit de tout et la biocénose est bien huilée, jusqu’aux insectes et aux plantes qui font vivre le roi de cette jungle qui n’est pas si métaphorique qu’on pourrait le penser. C’est pas pour rien que “जङ्गल ” (sanskrit) désigne un “espace naturel sauvage”, dans lequel on peut trouver la plus belle et rare des fleurs mais aussi les espèces de grenouilles les plus dangereuses, provoquant les brulures les plus douloureuses.

La douleur sauvage effervescente

J’ai hésité avant de laisser quelques posts vagues sur Instagram en fin d’année. Le bail est public et je ne suis pas du genre à étaler mes états-d’âme. Je suis quelqu’un de très rationnel, je ne parle pas beaucoup et la plupart du temps, tout se passe dans ma tête. Et à la vitesse de l’éclair, dans 8000 directions en même temps. Comme dans la jungle, il s’y produit toutes sortes de phénomènes, à plusieurs endroits différents et sous différentes formes. Ils peuvent découler les uns des autres, voir dépendre les uns des autres tout comme ils peuvent être totalement décorrélés et totalement indépendants ou même autarciques. Une sorte d’anarchie, de désordre et de confusion se mettent en place pour donner naissance à un trouble certain et bien marqué.

J’ai quand même lancé mes deux posts sur Instagram. Je voulais en faire plus, comme pour rassembler toutes ces idées, mettre de l’ordre dans la pagaille intérieure. C’est la jungle dans ma tête et ça me servira à réfléchir et à continuer d’avancer dans une lutte que je n’ai pas terminé de mener, j’aurais aimé dire “contre” moi-même, mais plutôt pour moi-même. Je suis capable de produire des scenarii entiers dans mon esprit et déployer l’infinité de possibilités découlant de chaque scenario. J’expérimente ainsi chacun d’eux comme si je les vivais réellement, à un niveau tellement élevé que c’est comme si j’y étais, sensations inclues. Sauf qu’en réalité je suis tout seul et je n’ai pas bougé. Tout est rationalisé et calculé plusieurs coups à l’avance, et démon sur moi si je me trompe. Pas de place pour l’erreur et encore moins pour l’échec.

Ce n’est pas seulement psychologiquement fort mais c’est aussi physiquement que ça en devient épuisant. Rajoutez-en une couche de neuropathie et l’addition est bien salée. #2017was une année bien longue. Mais comme dans la jungle, il faut se battre pour son morceau de viande et quand on l’a, ne surtout pas le lâcher parce que les charognards ne sont jamais loin et que si ce n’est pas sur votre becquetance, c’est directement sur votre carcasse qu’ils se serviront. Sans scrupules.

Mais la jungle continue de vivre hors de ma tête, et il ne faut pas que j’en reste prisonnier, au risque de passer à côté d’épisodes terriblement importants de la vie. Qu’ils soient plaisants ou non, il faut tous les consommer, afin que les jungles trouvent leur équilibre.

A la maison comme dans la tanière, #2017was houleuse mais tellement attendrissante.

On est pas mariés mais on fête nos noces d’étain. Ca commence à faire un moment, quand même. On vient à se rendre compte que la relation amoureuse se travaille. La tempête qui a généré l’éclair du début, d’où découlent les étincelles qui ont formé le feu ne laisse derrière elle que la braise. Et il faut l’entretenir pour éviter qu’elle ne s’éteigne. Cela demande des efforts, d’autant plus que l’on est pas seuls. L’éclair du début ne peut pas être éternel et malheureusement on s’en rend compte trop tard. On croit qu’une relation amoureuse n’est faite que d’éclairs et on est déçus quand on se rend compte que ce n’est pas le cas. Il faut faire revenir la pluie, l’éclair, l’étincelle, le feu, les braises et le soleil et poursuivre le cycle. Sinon la jungle meurt, tout simplement. Ou alors elle se transforme en un milieu furieusement inhospitalier, décomposé et putréfié qui fait fuir ses habitants, adultes comme petits.

La petite Mowglie a pris de l’assurance cette année. Elle marche, elle parle, ce n’est plus un bébé. C’est une (toute) petite fille. Comme j’aimerais lui raconter que la jungle est aussi douillette que la tanière. Je voudrais pouvoir la préparer. Mais pourquoi projeter de la peur sur un être aussi enchanteur? Elle illumine les journées et c’est elle qui guide ses parents plutôt que le contraire. On croit lui apprendre les bails, l’élever, la former… en réalité c’est elle qui nous montre tous les jours que la vie ce n’est pas des papiers, la banque, le bureau, la poste, le supermarché ou les factures. La petite fleur sauvage qui pointe le bout de son nez. Pour l’instant, sa jungle à elle est faite de coton, de bois, de silicone ou de plastique, fait toutes sortes de bruits désopilants et se perd parfois sous le lit ou le canapé. C’est une jungle bienveillante et sympathique, loin de celle que j’ai vécue en 2017 et de celle que je me prépare à vivre en 2018.

#2018is la renaissance de la jungle après un hiver rude mais annonçant l’abondance.

Lécher les blessures et se remettre debout.

Un arbre tombe, la jungle continue de vivre. L’écosystème se nourrit de cet arbre et le transforme, et tout poursuit son cours, comme si rien ne s’était passé. La vie continue et se recycle. Les éléments extérieurs ne doivent pas troubler l’animal. Il doit simplement savoir comment s’en servir, s’adapter ou porter un regard différent, sous un nouvel angle. Comme plus haut : pluie, soleil, faune, flore, écosystème et tout l’attirail. Dans cette jungle, un animal blessé ne le reste pas éternellement, il y a trois possibilités: il se fait rattraper par un prédateur, se fait bouffer et meurt, il succombe à ses blessures et meurt ou alors il survit, se remet sur pattes et continue son périple. 33% de chances de ne pas claquer. C’est pas hyper positif mais c’est suffisant pour moi. #2018is une année de guérison et de lutte bestiale.

Me remettre en question sans douter de moi.

“Les singes aiment les bananes”. C’était la première phrase complète que ma fille a prononcée. En hongrois, la langue de sa maman. C’est mignon mais en fait ils n’aiment pas plus les bananes que d’autres fruits ou que les insectes et autres feuilles dont ils se nourrissent. Le singe de zoo mange des bananes, lui. Et malheureusement nous ne sommes pas des singes de zoo, nous sommes des singes de jungle et tout ce que nous pensons vrai, considérons comme acquis ou pris pour gagné ne l’est pas forcément. Il faut donc constamment questionner ses a priori, défendre ce que l’on a gagné et se battre pour avoir ce que l’on veut. #2018is une année qui ne fait que commencer et où il faudra avoir l’oeil.

Savoir repérer et attraper toutes les opportunités que la jungle me jette à la figure.

Dos argenté, je suis. Malin comme un singe et rapide comme un guépard. Je sais comment attaquer mon ennemi et je sais me défendre. En tous cas assez bien pour faire mes premières tentatives et ne pas en mourir. C’est aussi simple que ça. La jungle, bien qu’elle soit un milieu enchanteur et positivement mystérieux, regorge de ressources… pour celui qui sait où les chercher et comment s’en approprier. Il faut donc observer, réfléchir, mettre en place des stratagèmes et les appliquer afin de pouvoir se saisir de toutes les belles opportunités qui se cachent de la jungle. Cela va également signifier qu’il faudra savoir distinguer l’utile de l’accessoire afin de ne pas se laisser parasiter par des nuisibles qui essaieront de brouiller les pistes. Cependant, pour apprendre, il faut se tromper.

Pas peur de l’échec, foncer.

J’ai eu une conversation hier avec ma femme. “Qu’est-ce que tu ferais si tu étais sûr de réussir à 100%, no limit?”. Je lui ai répondu que j’aurais voulu être devenir le meilleur neurologue au monde, un chercheur qui dévoile les secrets du cerveau et de son fonctionnement dans le moindre détail. Mais en y réfléchissant, la réponse est dans la question. No limit. Beaucoup de terrains de la jungle restent encore inexplorés et il est grand temps de tâter le terrain. Le problème quand on tâte le terrain c’est que l’on fait des essais, qui peuvent être fructueux comme ils peuvent être totalement inféconds jusqu’à en devenir douloureux. Ce n’est pas grave, c’est en se brûlant une fois que l’on apprend à ne pas se brûler la deuxième (même si on continue de se brûler quand même). Tout cela n’a pas d’importance tant que quand on est en ruines, il y a quelque(s)’un(s) pour nous ramasser, à la petite cuillère s’il le faut.

Aimer, inconditionnellement.

La jungle reste néanmoins un univers fragile, qui peut vite perdre son équilibre. Et si l’équilibre se perd, la jungle se perd. Et quand on est seul, isolé, il n’y a que peu de solutions saines pour maintenir et encore moins rétablir l’équilibre. Il faut donc non seulement s’entourer de la bonne meute, du bon clan, mais également savoir garder ceux que l’on peut authentiquement appeler “les vrais” de son côté. Ceux sont nos gars et nos meufs sûrs, ceux qui nous repêchent quand on coule et ceux que l’on raffermit quand ils ont un coup de mou. Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas se préoccuper de l’ennemi. Il faut simplement être sûr que si on va charger, la meute existe et suive parce que sinon, on court à sa perte.

En résumé #2018is my bitch.

Le terrain s’annonce assez impraticable mais cette jungle n’est pas impossible à dominer. Il faut être perspicace, ne pas griller les étapes, faire les choses avec détermination, prendre des décisions avec le ventre mais mesurer leur retentissement. Electrochoc en 2017. #2018is la jungle et tout comme la jungle n’a pas de pitié pour moi, ce sera sans miséricorde que j’en ferai ma proie. Et comme le chat, je jouerai avec elle avant de me la taper. Si je pouvais prendre 10kg de muscle et devenir riche, ce serait bien aussi. On sait jamais, je lance ça dans l’univers, peut-être que ça fera quelque chose.

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