Mes écrits

La baie d’Eluda Lubie

baie eluda lubie

Pas de rosée là où les matous s’enlèvent les grains de sable du museau. Ce n’est pas le soleil à proprement parler qui me tirera de mon sommeil profond. Ni le cri du poussin malade. Une odeur familière vient me chatouiller les narines…

Je m’avance sur le ponton de la baie, qui est encore envahi par les restes de pêche du temps ancien. Le poulpe que vous pouvez admirer n’est pas tout frais, au contraire. Je ne sais pas depuis combien de temps il s’oxyde dans ce coin mais la photo que j’en ai pris m’a coûté quelques terminaisons nerveuses gustatives. En clair, pour que l’ignare que vous êtes puisse comprendre ce que je raconte: le ponton de la baie de d’Éluda Lubie sent la poiscaille moisie. Inutile de dire que j’ai vite fait de déguerpir de cet endroit.

La plage devient hostile. On croyait pouvoir y venir en vacances avec sa famille, pour se dorer la chair ou y passer un bon moment avec ses biquets. Mauvaise idée. Ce lieu n’est pas fait pour l’alanguissement, et si vous restez trop longtemps au soleil, votre sort se résumera à celui de cet inconnu qui, croyant avoir trouvé le lieu idéal pour faire bronzette, s’est retrouvé littéralement à sec.

Entre le poisson avarié et cette carcasse, le cadre idyllique de cette rive commence plus à ressembler au cadre piteux des rives du Styx, comme un hall de réception de la mort. Seule la végétation semble résister au terrible crampon des calanques de l’île.

Sur cette plage toujours aussi déserte, je continue d’avancer vers l’inconnu. Je m’arrête un instant pour puiser dans mes réserves d’eau, puisqu’il n’est plus possible (consciemment) de faire confiance à l’eau tarée qui agace le sable tout le long de mon périple. Il n’y a plus aucune maison. Toute trace de civilisation semble avoir disparu, le son du cri affreux du poussin malade est difficilement perceptible et j’ai maintenant l’impression de commencer la réelle aventure.

Tout en cheminant vers une destination énigmatique, je me dis qu’il y a des jours où l’on aurait mieux fait de rester chez soi, à siroter une boisson en laissant la porte ouverte pour faire place au courant d’air, ou à chasser amicalement le ratounet au cimetière. Mais je ne peux plus revenir, trop curieux de savoir ce qui m’attend au loin. Je repense à ce vieux fou, aussi rance que le poisson du ponton et à ce qu’il m’a dit.

Au fur et à mesure que je progresse, je remarque que le coton, l’avoine et le froment qui proliféraient sauvagement auparavant ont totalement disparu du panorama. Les céréales ont laissé place à des sortes de plantes sèches, à moitié déracinées qui témoignent de la désertification du paysage. Elles font un bruit infâme quand on marche dessus, qui confirme qu’elles n’ont pas retenu une seule goutte d’eau et qu’elles sont sèches comme un coup de bâton. Rassurant… Surtout quand on sait que j’ai abondamment sucé dans mes gourdes croyant que je pourrais bien me dégoter un puits ou boire l’eau de la mer. Ceci dit, après l’épisode du poulpe fermenté, je ne pense pas que ce soit vraiment la peine de s’aventurer dans des expérimentations de la sorte.

La nuit commence à tomber. J’arrive à un croisement où des rochers d’envergure dangereuse se profilent devant moi. Il est temps d’installer le sac car la barrière semble infranchissable, surtout si on y voit rien. C’est là que ça devrait commencer à devenir intéressant…

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