Mes écrits

L’appât du gain

appat du gain

Partie 1

Je suis rapidement devenu dans mon adolescence un passionné des jeux. Puis la passion est devenue addiction. Et quand l’addiction ne fût plus suffisante, elle devînt dépendance. Je me suis retrouvé maintes fois dans des souterrains douteux, pariant ma vie sur une partie de Tarot, annonçant des Grand Chelems à tour de bras… Dans des soirées comme ça, la seule chose qui pouvait nous faire tenir la pression, c’était un breuvage bleuâtre que l’on se plaisait à ingurgiter. Aucun de nous, joueurs, savions ce que contenaient les flasques que nous vidions par réflexe quand l’anxiété commençait à nous pomper le sang du coeur; mais le fait est que ça suffisait à nous calmer. Le philtre était sirupeux et assez antipathique à la langue, difficile à avaler sans laisser échapper une quelconque gesticulation. Son teint indigo était cependant assez attrayant pour nous donner envie de nous en envoyer une lampée, presque automatiquement, quand nous jouions. C’était comme un automatisme, à chaque fois qu’une partie était entamée, les besaces s’ouvraient, et s’en extirpaient des fioles remplies à bloc, prêtes à l’usage, qui s’alignaient sur la table. Nous en buvions mécaniquement, comme on tremperait sa main dans une boite de biscuits quand nous assistons à un spectacle quelconque. C’était comme ça.

Et puis un jour, le drame. C’était un soir du VIIe siècle, la mémoire me fait défaut pour vous dire la date exacte de l’arrivée de l’évènement. Quatre de mes compagnons joueurs et moi-même étions tous calfeutrés dans une grotte très profonde, tanière secrète que nous avions trouvée au cours de nos nombreuses explorations dans le monde. L’événement qui suit, je m’en souviendrais toute ma vie. Nous jouions notre dernière main d’un jeu que nous avions créée de toutes pièces. Des dés, des cartes, des roues, des jetons, des tapis; des couleurs se mélangeaient dans un vortex flou de boisson bleue et il ne me restait plus rien à parier, car j’avais déjà tout perdu.

Après avoir vidé une énième flasque de la liqueur bleue, j’annonce:

“Ma vie sur cette main…”

Mes compagnons s’arrêtent de compter, nous n’entendons plus le bruit de cartes, le silence s’installe inconfortablement dans une salle illuminée par quelques bougies. Nous n’entendons plus que le souffle du vent qui s’engouffre difficilement dans la grotte, comme essayant d’entrer dans un endroit où il n’était pas invité et qui suintait le danger. Je répète:

“Ma vie sur cette main… C’est tout ou rien”

Rien ne pourrait les arrêter et je le savais. Ils étaient trop joueurs et n’avaient pas grand chose à perdre non plus. Et mes compagnons de jeu de miser tout ce qu’ils détenaient sur cette main, chacun essayant de tenir la mise de l’autre.

La partie se déroule dans le silence le plus total. Ne sont audibles que les bruits de gorges serrées qui avalent des lampées gargantuesques de la fameuse liqueur bleue. Le moment de vérité. Il faut dévoiler son jeu. Tous mes compagnons le font. Je regarde le jeu que j’ai entre les mains. Et soudain, tout devient flou. J’ai des sueurs froides. Mes pupilles se dilatent. Je tremble. J’ai perdu. C’est fini. Un sourire se dessine sur mon visage. Les autres me regardent, en suspens, ils croient avoir perdu la partie, décelant le sourire en coin, caractéristique de ma victoire.

“Alors?”

Je ne réponds pas.

“Eh ben… Dévoile ta main, on a pas toute la soirée”

J’avale une flasque entière de la liqueur bleue. Mes idées sont plus claires, j’ai un plan. Mon sourire est resté comme figé. Puis j’avale difficilement une dernière flasque, comme pour me donner du courage pour ce que j’allais faire.

 

Partie 2

Pour alimenter notre imagination, quand mes cinq frères et moi avions l’âge de la crédulité, nos parents nous racontaient toutes sortes de récits. Nous fûmes longtemps persuadés que nous naissions dans des jeux de cartes correspondant à notre personnalité. Les menteurs surgissaient de jeux de Poker, les fins d’esprit se levaient de jeux de Rami ou de Canasta, les patients germaient de boites de Solitaire, les avares s’éveillaient de jeux de Bataille ou de Dame de Pique.

Mes parents, Cat Hérine et Jon Ch’lem me racontaient que je provenais d’un jeu classique de Tarot, distinction des fins stratèges. Je n’y accordais que peu d’importance parce que je ne comprenais pas bien le sens de tout cela, mais j’aimais bien le dire à tout le monde, parce que mes parents en avaient l’air fiers. Nous avions l’habitude, mes cinq frères et moi, de traîner dans les quartiers de la vieille Ville et très vite, Cinglette remplaça mon vrai nom. On me racontait que c’était le nom d’un chat, qui arpentait toujours seul les rues de la Ville, en quête d’un atout à utiliser pour couper le poisson qu’il attrapait.

Parmi les récits que nous écoutions avec peu d’intérêt, nous avons eu droit à moultes légendes et autres contes magiques avec des dragons et des filles en danger. Mais cela nous intéressait peu, nous avions beaucoup plus d’affection pour les journées passées près des gouttières avec les “Grands”, qui étaient bien plus distrayants, avec leurs parties de cartes et leur chasses aux bêtes que nous adorions observer du début à la fin.

Parmi ces Grands, nous fîmes la rencontre d’un dénommé Aruak. Aruak était un sauvage. Il était complètement siphonné et n’avait aucune valeur morale. On le trouvait génial. Il passait des soirées entières à nous raconter comment lui et le Dieu des chats ont joué et bavardé et que ce Dieu était faible et ne méritait pas la foi de ses disciples. Il est, parait-il, peureux et vantard, moche et crasseux… Crédules comme nous l’étions, nous ne tardions pas à détester cet être avec autant d’aigreur qu’Aruak. Il nous fascinait, tout comme cette boisson bleue vendue illégalement en Ville que les Grands buvaient et qu’ils nous interdisaient sans nous expliquer pour quelle raison. C’est Aruak qui, peu de temps après, nous a appris à aimer le jeu. Il nous enseigna les fameuses techniques, les coups de poker à ne pas rater, les ficelles et les secrets pour gagner une partie à coup sûr.

Et comme Aruak n’avait jamais perdu une partie de cartes (ou du moins, c’est ce qu’il disait) nous sommes devenus très bons, très jeunes. Ce qui nous permit, dès que nos parents nous laissaient sortir seuls, d’aller traîner tard le soir pour satisfaire notre manque de jeu, pour entendre les cartes claquer et le cliquetis des jetons.

Le temps passait, on grandissait dans cette ambiance peu variée et très routinière. J’avais l’impression que mes frères, écoutant mes parents plus qu’Aruak, aient choisi la voie d’une certaine sagesse et éprouvaient moins d’engouement que moi pour le jeu. Nos routes se sont séparées. Petit à petit, le lien qui m’attachait à eux se détériorait, jusqu’à se briser. Avant ça, ils me confièrent la carte en argent de Will Berforss, un ancêtre très célèbre. La carte a traversé toutes les générations de la famille et mes parents, avant leur mort, l’ont confiée à mes frères. Ceux-ci ne pensant pas en avoir besoin, puisqu’ils seraient toujours ensemble, me l’ont donnée, se disant qu’elle me permettrait de les garder en moi, d’avoir le souvenir de notre famille pour ne jamais oublier d’où je viens.

Je me nourrissais des parties de cartes que je gagnais.

Mes frères et moi avions donc choisi des voies différentes. Et moi, j’avais décidé de suivre Aruak et d’apprendre de lui. Il m’avait confié tous ses secrets. Sauf celui de la fameuse liqueur bleue, dont les Grands se tapissaient l’estomac quand ils jouaient tard le soir et que leurs nerfs avaient besoin d’aide, inondés par la nervosité.

J’ai défié Aruak. Il n’avait, parait-il, jamais perdu aux cartes. Mais je devais percer ce secret et savoir où me procurer de cette boisson si intrigante. Si je gagnais contre Aruak, je saurais tout. Si je perdais, je devais lui donner mon inestimable carte en argent de Will Berforss. “Ceux qui naissent d’un jeu de Tarot sont des stratèges” disaient mes parents, et je m’en suis rendu compte quand le jeu que j’ai choisi pour défier Aruak était la Bataille. Il était difficile de tricher et le besoin de stratégie était inexistant, nous étions donc à compétences égales avec Aruak. J’avais plus de chances de gagner une bataille qu’un Poker, ou même un Solitaire.

La partie commence. Aruak a bien sûr sa flasque de liqueur bleue. J’ai dû m’en passer pour cette fois. Nos regards se croisaient et se défiaient, s’attaquaient et se défendaient, se menaçaient et se déchiraient entre eux. Il ne manquait qu’un pli à Aruak pour gagner la partie. Je me croyais vaincu en posant mon quatre de trefle.
“4 de pique” se désole Aruak.
“Bataille”
Une carte face cachée, je retournais le quatre de carreaux, c’était ma dernière carte.
Aruak ricanait.
“Deux de carreaux!” s’écria-t-il.
J’étais sauvé. La chance tourna et après neuf longues heures de jeu, je remportais la partie.

Aruak devait alors honorer sa part du contrat. La liqueur bleue n’a pas de nom. C’est un choix, car elle est hautement illégale. Quand un Grand se place près d’une gouttière et qu’il pose trois cartes bleues retournées par terre, c’est qu’il peut vous en vendre. Il ne vous dira jamais d’où elle vient ni comment elle est faite, mais vous en ressentirez les effets: hallucinations, courage excessif, témérité… “Attention à la gorgée de trop” – annonçait l’étiquette manuscrite. Et je l’avais bue, la gorgée de trop…

 

J’avais risqué ma vie sur cette dernière main, dans une grotte, avec quatre de mes meilleurs compagnons de jeu… Je pose donc cette dernière flasque et regarde un de mes compagnons de jeu avec ce regard. J’avais perdu la partie mais ma prunelle annonçait la victoire.
“Alors Cinglette, ça vient?”
Je lui ordonne de se taire et, le système altéré par des litres de liqueur bleue, j’empoigne mon épée et en quatre coups inévitables, j’égorge mes quatre compagnons de jeu. Je pose mon jeu que j’avais gardé en main et j’annonce, en perçant le silence de ce fond de grotte:
“Ben… j’ai gagné…”
Je me rassois et débouche une autre flasque que je sirote lentement cette fois-ci, constatant l’étendue de mes dégâts. Envahi par un flot de pensées et de souvenirs, ma vision se fait plus floue qu’auparavant…

 

Partie 3

Je me redresse. Je ne sais même pas combien de temps est passé depuis que nous avions commencé à jouer. La lumière des quelques bougies s’estompe, absorbée par la cire. La flamme chancelante ne tardera pas à faire le régal de son hôte, qui a attendu patiemment toute la soirée qu’elle se laisse sagement dévorer. C’est le signe que plusieurs heures se sont déjà écoulées, comme les corps mijotant dans le sang refroidi de mes comparses de jeu, qui feront la pitance de divers habitants de la grotte.

La liqueur bleue manque. La sobriété ne tardera pas à me gagner à présent. La descente vers la réalité s’annonce rocailleuse. Le sifflement continu du vent se frottant aux parois inhospitalières de cette grotte cesse, pour laisser place à un silence lugubre. C’est ce même silence qui émane des charognes de mes confrères gisant dans leur sang, comme la viande d’un ragoût. C’est dégueulasse.

J’ai froid. Et je n’ai rien pour me couvrir. Je jette mon épée a terre, non sans une pointe d’arrogance. Elle se moque de moi, elle m’insulte par son insupportable brillance, me demandant ce que je vais faire maintenant, moi qui l’ai souillée du sang de mes amis.  Mes amis… Je vais devoir fouiller les dépouilles maintenant. Qu’importe. J’ai remporté le gros lot. Jackpot.

Il n’y a rien à manger, et ce fond de grotte transpire la malfaisance, le danger. Les bruits des jetons résonnent encore au loin, exacerbé par le silence de cette grotte profonde. A moins que ce ne soit autre chose. Je tremble. Un violent frisson traverse ma moelle, comme pour me communiquer qu’il est grand temps que je sorte d’ici. Je ne sais même pas comment. Et pourquoi suis-je là? Pourquoi m’être embarqué dans cette sombre aventure? De toutes façons, c’était eux ou moi. J’avais parié ma vie, et j’aurais dû tenir parole quoi qu’il en soit.

Je glisse vers le mur, en esquivant d’un geste habile la mare de sève vitale qui s’étend sur le sol froid, gagnant peu à peu du terrain dans le but de coloniser la salle entière. Assise contre la paroi, je suis des yeux la traînée vermeil, pour laisser mon regard se poser sur les tas de viande que sont devenus mes camarades. Je sens presque leur courroux me fouetter, comme une accusation posthume, murmure de leur grief qui résonne dans ma tête comme une chanson d’enfant.

Je ramasse mon bardas et jette un dernier coup d’oeil à la pièce avant de partir. La dernière bougie rend l’âme, je suis maintenant dans la pénombre la plus complète…

 

Partie 4

Plus de lumière. Je suis maintenant plongé dans la pénombre complète. Mais par un aléa que je ne peux encore m’expliquer, je vois au loin une lueur danser et s’approcher progressivement dans ma direction.

Cette lumière ne doit pas découvrir les corps. Elle ne doit pas voir ce que j’ai fait. Je dois moi-même être couvert de sang; je n’ai même pas eu le temps de vérifier. Si la lumière savait les horreurs dont ce fond de cave est témoin, si la lumière pouvait me sortir de ce merdier, ça pourrait m’aider aussi. La lumière s’approche, et ça va pas faire des étincelles quand elle apprendra que j’ai tué des gens. Ces gens, mes gens… mes camarades de jeu.

Quand j’y repense, ces pingres se sont quand même bien enrichis sur mon dos, me faisant cracher au bassinet jusqu’à me plumer mon dernier centime, ils l’ont bien méritée leur mort. Je sais pas ce que j’aurais fait si ces rapaces s’étaient envolés avec mes radis et ma dignité. Je ne regrette pas en fait. Et puis, je suis gentil, j’offre à manger à la faune de la grotte, ça leur fera du bien à eux aussi.

Et puis, j’ai fouillé les corps… c’est vraiment des ladres ces mecs, ils paient pas leur tournée alors qu’ils sont encore dorés jusqu’aux dents… Quand j’y repense… Et cette lueur qui approche, semblable à celle d’un flambeau. J’entends des pas maintenant. Que faire? Que dire?Je ne peux plus y penser maintenant, et après moultes tergiversations, je décide de la jouer flegmatique.

Je m’assois contre la paroi, et je m’allume une cigarette. Du chanvre. Et je siffle. Bientôt, je devrais trouver quoi dire.
Putain, j’ai flippé ma race Cinglette, c’est toi!
Le souffle coupé, je m’étouffe sur mon chanvre qui va défaillir au sol dans une petite flaque d’eau. Je reconnais cette voix et, n’osant pas lever les yeux, dans un soupir qui bascule entre soulagement et panique, je lui réponds:
C’est moi, oui
Avec une voix un peu plus assurée et un ton souriant -il fallait bien bluffer- je continue:
Ca fait longtemps, Aruak. Qu’est-ce que tu fais là?

 

Partie 5

Aruak ne répondit pas. Son changement de sujet me fit comprendre qu’il n’était pas fier de traîner par ici et qu’il avait sûrement quelques cadavres dans son placard. Je me sentis un peu mieux moi-même d’être là, mais je ne sais toujours pas quoi lui répondre s’il me pose la question.
“-Je pourrais te poser la même question, rétorqua-t-il
-Oh, moi? Il pleuvait, alors je suis venu me réfugier ici. Je n’aime pas du tout l’eau.
-Mais de quoi tu parles, demanda-t-il, ça fait des semaines qu’il ne pleut pas. Si ça continue, on va mourir séchés.”
Il m’avait pris la main dans le sac, qu’allais-je dire maintenant? J’avais du mal à croire qu’Aruak, ce vieux débris, était encore vivant. Je lui proposai de s’asseoir avec moi, prétextant une fatigue passagère et espérant secrètement qu’il portait sur lui une ou deux flasques de boisson bleue. Il ne se fit pas prier et en sortit une dans un soupir dont je n’arrivais pas à déchiffrer le sens. Étais-ce du soulagement? De la fatigue? De l’abattement? Était-il maintenant trop vieux pour s’asseoir sans douleur? J’ai pensé un instant que j’aurais pu profiter de ce moment d’inattention pour lui planter mon épée dans la poitrine. J’aurais ensuite pu m’enfuir et ne plus jamais parler de tout ça à personne.

Je regardais nos ombres, projetées par la torche qu’il avait posée, jouer sur le sol humide de la grotte. Nous gardâmes le silence pendant de nombreuses minutes. Je n’osais regarder Aruak dans les yeux. Enfin, comme dans un sursaut, Aruak se mit à parler.
“-C’est bizarre de se revoir comme ça, dit-il
-Ouais…
-Quand j’y pense, quand tu m’as battu à cette partie de bataille… C’est dur à accepter pour moi, tu sais. Je suis imbattable moi, même à la bataille.
-Ouais…
-Je dirais même que c’est inacceptable, personne ne me bat moi, dit Aruak sur un ton menaçant
-Ah..?”
J’osai enfin croiser son regard. C’était un regard noir, accusateur. Sa main se promenait à l’intérieur de sa veste, comme s’il recherchait un objet. Je l’écoutais d’une oreille distraite, pensant qu’à un moment ou a un autre, j’allais devoir lui annoncer mon crime. Je jetai un regard furtif en direction de sa main, qui semblait avoir trouvé ce qu’elle recherchait et commençait à ressortir lentement de la veste, tandis qu’Aruak continuait ses déblatérations.
“-Parce que tu vois, c’est ma réputation qui tombe à l’eau. J’ai été méprisé de tous depuis ce jour. Tout le monde a su que tu m’avais battu à cette bataille…
-Hmm hmm”

Je sentais que quelque chose ne tournait pas rond et dans un accès de doute et de peur, je dégainai et lui tranchai la gorge d’un coup sec. Son corps glissa pour finir allongé sur mes cuisses, le sang coulant sur mon pantalon. Je rangeai, me dégageai, pris la torche et quittai les lieux sans plus attendre. J’entendis un bruit sourd derrière moi quand je commençais à m’avancer dans la direction de laquelle venait Aruak. Un objet glissa a terre. C’était une petite boite. C’était donc ça que sa main cherchait avec tant d’ardeur. Cette boite. Sans l’ouvrir, je la mis dans ma poche et partis. Ce lieu était devenu trop dangereux, je ne devais pas m’y trouver si quelqu’un y entrait.

Enfin arrivé à la sortie de la grotte, la lumière du jour me surprit. J’étais ébloui. Tant de temps dans l’obscurité à laquelle mes yeux s’étaient habitués. J’étais presque capable de voir dans le noir. Pas seulement des formes, mais des couleurs et des détails très précis. Ma pupille refusa de se contracter pendant un long instant. C’est dans la lumière du jour que j’étais maintenant aveugle, ironiquement. J’avançais à tâtons, essayant de trouver un endroit où je pourrais m’appuyer pour me reposer. J’étais fatigué et je tremblais. Il me fallait un peu de boisson bleue. Je songeai un moment à retourner dans la grotte chercher la fiole d’Aruak, mais je ne m’y risquai pas. Il fallait plutôt que je retourne en ville, vendre tout ce que j’ai récupéré des dépouilles de mes camarades morts et m’acheter à manger et à boire. Et la boite d’Aruak, il fallait que je l’ouvre.

Je fouillai dans ma poche jusqu’à avoir une prise sur la petite boite, que je sortis. Je l’auscultai un moment. C’était une boite blanche, sans autre ornement que la petite ouverture en fer. Sans me poser de questions, à savoir pourquoi Aruak voulait la sortir à ce moment précis et pourquoi il ne s’enquit pas outre mesure de savoir ce que je trafiquais dans la grotte, je voulus l’ouvrir. Je tirai sur la petite fermeture pour la débloquer et ouvris la boite…

 

Partie 6

J’étais adossé à un arbre. L’inconfort de cette position et de ce lieu ne me dérangeaient pas outre mesure. Le soleil cognait fort, et j’étais obligé de plisser les yeux. Je ne voyais pas grand chose, sauf les couleurs de l’arc-en-ciel qui se formaient sur mes cils, protégeant mes yeux d’une luminosité qui leur était insupportable. J’étais concentré sur le contenu de la boîte, ouverte à présent, reposant sur le gazon sec. Le milieu de l’après-midi devait déjà bien être passé, mais ce n’étaient que des suppositions. Mes connaissances en la matière étaient inexistantes, et j’étais concentré sur le contenu de la boîte, gisant à mes pieds, grand ouverte. Je ne pus vraiment croire ce que cette petite caisse me présentait. Elle ne payait vraiment pas de mine, mais alors, elle était l’hôte d’un objet étrange, que j’avais déjà vu…

Attrapant l’affaire pour la rapprocher des mes yeux, je ne pus m’empêcher de laisser échapper un petit gémissement qui était signe de ma gêne. Aruak avait gardé ce truc tout ce temps? Je refermai la boîte et la glissai dans ma poche. Il fallait absolument que je regagne un village. Si la nuit venait à tomber et que je venais à me retrouver encore seul dans la pénombre, à dormir dans des conditions moisies, j’allais sûrement perdre la tête et égorger encore des innocents. Je me défis des différentes armes de crimes et marchai, la boîte dans la poche, une fiole vide à la main, et une besace remplie du capital que j’avais accumulé auprès de mes créditeurs, paix à leurs âmes.

Après une bonne demi-heure de marche, je tombai sur un village qui m’était totalement inconnu. Il était minuscule, entouré de collines et du vide complet d’une forêt inexploitée. C’était un trou perdu, littéralement… Je m’avançai vers cette pathétique bourgade et trouvai vite la place du marché, où je posai la boîte d’Aruak ouverte et attendis calmement que quelqu’un s’approche. Au loin, j’avais déjà détecté le vendeur de boisson bleue. Il était discret, mais on savait ce qu’il faisait là et comment l’aborder. Il fallait être rapide et malin, ne pas poser de questions et faire comme si l’on achetait une gourde d’eau ou du riz. C’était subtil. Je remballai ma boîte, juste le temps d’aller m’approvisionner. Je me fis un stock raisonnable de boisson, grâce à mes amis morts et pris la direction de l’endroit où je m’étais assis.

Personne ne m’avait pris la place. J’installai ma relique et attendis. J’étais amorphe. Je n’avais plus de force. Je ne pouvais que suivre du regard tous les passants, des visages inconnus qui défilaient devant moi, sans même me consacrer le moindre regard. J’étais inexistant. Mai il fallait absolument que je me débarrasse de cet objet du diable, il était dangereux. Après quelques heures d’attente, une femme s’arrête devant moi et regarde le contenu de la boîte avec ce qui semblait être de l’intérêt.

-Qu’est-ce que c’est? demanda-t-elle

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *